Les artistes sont des personnes un peu dingues, ça tout le monde le sait. Ils n’arriveraient pas à créer des œuvres aussi magiques qui font ressentir autant d’émotions s’ils ne l’étaient pas un peu. J’ai découvert, le weekend dernier, qu’il y en avait certains qui en plus de ça étaient maso. Mais qui font un putain de bon boulot. Reportage embarqué au sein d’une équipe participant à l’aventure cinématographique incroyable du « 48 heures projet ».

L’idée est née dans la tête de Mark Ruppert, réalisateur et producteur à Washington DC : est-il possible d’imaginer, réaliser, et finir un court-métrage en 48 heures seulement ? Et surtout, un court-métrage créé en un laps de temps si court peut-il être d’assez bonne qualité pour être regardé, compris et apprécié ? La première édition du « 48 hours film project » a eu lieu à Washington DC en 2001, et ce concept s’est rapidement propagé dans d’autres villes des Etats-Unis. En 2004, une première ville d’Europe, Londres, rejoint les 17 villes des USA participants et, l’année suivante, c’est à Paris d’entrer dans la ronde. 42 équipes décident de tenter l’aventure et réalisent, en 48 heures, un court métrage de 7 minutes. Le 2 octobre dernier, ce sont 76 groupes qui ont relevé le défi, parmi lesquelles 50 équipes qui ont rendu, dans les temps, les œuvres produites lors de ce marathon sprinté. Le 17 rue des Arts s’est infiltré dans l’une des équipes participant à cette aventure pour vous conter leur périple. Merci à OYC de m’avoir permis de vivre cette aventure avec eux.
Jour 1 – 19h.
Un tirage au sort vient juste d’avoir lieu, et le sujet du court-métrage vient de tomber : « faux-documentaire ». Panique à bord, c’était pile le thème que l’équipe ne voulait pas. Joker, et un thème de secours leur est attribué : « film de famille ». Pour corser le tout, ils doivent, comme toutes les autres équipes participant au challenge, caser dans leur film un personnage s’appelant « Lili » ou « Lucas Durand, Président », un piège à souris, et la phrase « C’est bon d’être moi ». Dur dur. Thomas, le scénariste attitré de l’équipe, se ronge les sangs. Prostré au fond du jardin, il réfléchit et essaye de rassembler ses idées le plus vite possible. Une pression incroyable est sur ses épaules : sans scénar’, pas de film. La nuit passe vite et les discussions avec Amit, réalisateur, et John, cadreur, nourrissent le synopsis. Quelques changements d’orientation plus tard, la trame est bouclée et notre scénariste s’attelle à la tache de la rédaction. Il est près de 5 heures quand il termine.

Jour 2 – 6h.
Il fait encore nuit quand la petite équipe empile dans les voitures tout le matériel nécessaire à cette journée de tournage. Personne n’a vraiment dormi, ou quelques heures à peine. Les acteurs les retrouvent directement sur le lieu du tournage, à 8h30. Dès leur arrivée, les scénarios leurs sont distribués et ils commencent à mémoriser leurs textes. En parallèle, Jessica, la maquilleuse et Virginie, la costumière, fourbissent leurs armes et préparent les premiers acteurs à se rendre sur le set de tournage. A 9h, les choses sérieuses commencent. Léna, assistante réalisatrice, presse tout le monde : le temps tourne et toutes les scènes doivent être mises en boîte d’ici la fin de la journée. Les acteurs répètent leur scène une fois, puis deux, le temps pour le réalisateur de voir comment cadrer la scène et pour Yuki, la perchiste, de voir comment se placer. Pendant ce temps là Matthieu, l’ingénieur du son, calibre sa prise de son et Thomas, le scénariste, donne les derniers conseils aux acteurs avant la première prise. Chaque scène est répétée plusieurs fois pour être sûr de bien avoir tout ce qu’il faut : il s’agit de ne pas se louper, en 48 heures il n’y aura pas le temps de tourner les bouts de scènes qui manquent. Au quartier général, Mike, Arnaud et Alex dérushent les premières prises tout en faisant attention de ne rien effacer par mégarde. Derrière la caméra se succèdent tout au long de la journée John, Amit, Mike et Arnaud, tandis que Léna coche au fur et à mesure les scènes réalisées. Petit à petit le film qui n’existait pas encore la veille à la même heure prend forme et les acteurs donnent vie a des personnages vieux de seulement quelques heures.

Jour 2 – 20h.
Le tournage est terminé, et tandis que les acteurs rentrent chez eux, l’équipe technique s’arme de courage pour l’étape la plus difficile du « 48 heures projet ». De retour au quartier général, il s’agit maintenant de monter le film fraichement tourné, de générer les visuels graphiques qui habilleront certaines scènes, de nettoyer et finaliser la bande son ainsi que de composer la musique qui viendra habiller le tout. La difficulté vient d’une part du temps limité dont ils disposent, mais surtout de la fatigue qui commence à peser sur la petite équipe dont les membres n’ont, pour la plupart, accumulé que trop peu d’heures de sommeil pendant ces premières 24 heures.
Jour 3 – 5h.
Ils sont presque une dizaine entassés dans le salon qui leur sert de quartier général. La table, au centre, est recouverte de moniteurs et de claviers. Un post pour le montage, un autre pour le son, deux machines pour les musiciens, un pour la création graphique nécessaire à l’habillage du court-métrage et un dernier pour l’étalonnage et la finalisation. Des disques durs et autres clés USB sont éparpillés ici ou là et servent à transférer les éléments d’une machine à l’autre. Il y a quelques heures, tout le monde était concentré sur son travail, mais là c’est le drame : Alex et Arnaud ont fini le montage, mais le film dure 9 minutes et demi. Il est censé n’en durer que 7. Les discussions font rage pour savoir quelle scène couper, quels dialogues massacrer et quels moments déjà mis en musique sacrifier. Depuis 34 heures, tout le monde est impliqué à fond dans le projet et c’est un crève-cœur de voir le produit de son travail amputé comme ça, chacun défend son bifteck. Finalement une décision est prise et le monteur coupe, tranche dans le vif de manière à rentrer dans les temps. C’est aussi ça, le « 48 heures projet » : il faut effectuer des choix difficile dans l’urgence pour faire au mieux, et ne pas se laisser paralyser par l’indécision.

Jour 3 – 13h.
Le montage est enfin terminé et le produit final est dans les mains d’Amit pour les effets spéciaux (qui, faute de temps, se limiteront à effacer les perches qui se sont glissées à l’image ainsi qu’à insérer les visuels réalisés par Mike) et l’étalonnage. Pendant la nuit, les jumeaux Davy et Yoann ont composé les musiques qui habilleront le film mais la balance du son, le nettoyage des bruits d’ambiance, les effets sonores à ajouter, tout ça reste encore à faire. C’est Matthieu, l’ingé son, qui s’y colle dans un stress monstre et avec une rapidité qui défie toute réalité. Léna lui répète d’aller à l’essentiel et de ne pas pinailler avec les détails, et Matthieu répond, entre deux jurons, que c’est ce qu’il fait, qu’il n’a pas le choix de toutes façons. Le scénariste est dehors, il pleure sur ses scènes coupées et essaye de ne pas rester dans les pattes de ceux qui ont encore bien trop à faire. Marion, à la régie, concocte des pâtés bolognaise qui ne seront qu’à peine grignotées par ceux en plein travail, et prépare café sur café : à la fin de l’aventure plus d’1,5 kilos de café auront été bus. Le temps tourne, et les difficultés techniques s’obstinent à venir se mettre en travers de leur chemin. Lorsqu’enfin le mixage final est effectué, que le son est collé sur l’image, il faut exporter le film et le graver sur DVD ou l’enregistrer sur bande. Il est 17h30, et il faut transférer le film sur un ordinateur capable de produire le format voulu. Le film devant être rendu avant 19h30, c’est dans les transports que les dernières étapes seront effectuées.

Jour 3 – 18h.
Sur le quai du RER, Arnaud vérifie la barre de progression pour savoir où en est la conversion du film. Pendant ce temps, l’assistante réalisatrice Léna rempli les derniers papiers et note, sur les jaquettes des DVDs, les informations techniques nécessaires aux membres de l’organisation qui vont regarder les œuvres produites pendant ces 48 heures par l’ensemble des équipes. A travers les discussions échangées dans le RER puis dans le métro, le stress perce encore. Le film est enfin terminé, il s’agit maintenant d’arriver à temps à destination. A plusieurs reprises au cours de l’aventure, ils ont cru qu’ils n’y arriveraient pas. Le scénario à écrire sur l’un des thèmes les plus improbables sur lequel ils auraient pu tomber, le montage qu’il a fallu travailler plus que prévu, le son à gérer en un temps record… Ça ne va pas être une gravure DVD à la noix qui va les empêcher de rendre leur film ! Métro Bonne-Nouvelle, on y arrive. La gravure du premier DVD est presque terminée. Dans l’escalator, beaucoup de petits groupes de gens qui tiennent entre leurs mains une enveloppe en papier kraft sur laquelle des inscriptions familières sont écrites au feutre rouge : je me rends compte, à ce moment, du nombre de personnes impliquées dans cette aventure extraordinaire. Nous arrivons au café et les membres de l’équipe présents se rassemblent autour d’une petite table : la gravure est sur le point de se terminer. Une bonne dizaine de groupes passent et rendent leurs œuvres quand, enfin, c’est terminé : Léna glisse le DVD dans l’enveloppe et la tend à Frédéric de Brabant, coordinateur du « 48 heures projet » pour la ville de Paris. L’ensemble du café applaudit alors que le dernier concurrent se précipite pour rendre son œuvre quelques minutes avant le gong final. L’ambiance est festive dans ce café, alors que les équipes fourbues boivent un verre pour fêter la fin de cette aventure passionnante mais épuisante. Et pourtant, ils le disent tous, c’est une aventure vraiment unique qu’ils aiment, et ils ont déjà hâte d’être à l’année prochaine. Quand je vous le disais que les artistes sont un peu fous !

Les films produits à Paris en 2009 seront diffusés du 16 au 18 octobre au cinéma Action Christine.
Retrouvez plus de détails ainsi que la liste des différentes équipes ayant participé à cette édition parisienne sur 48 heures projet sur le site officiel.




























Woow, génial ! Le projet comme l’article ! Merci
Effectivement, sacré projet! J’aime bien cette façon de suivre pas à pas cette création et l’enthousiasme des participants ^^
L’article est super sympa ! =) On se sent embarqué, ça donne envie de voir le fameux film terminé… il y a déjà plus de détails sur la projection au cinéma Action Christine ? (heures ? prix ?)
Très bon article Charlotte
J’espère que tu seras là quand on recevra un prix :P
Pour la date non nous ne savons pas encore (on sait juste que ce sera entre le vendredi 16 octobre et le dimanche 18 octobre), le prix lui est de 6€ par personne.
Au niveau du prix, la place sera à 6 euros p
Le film sera donc diffusé le vendredi 16 à 18h00 ainsi que le dimanche 18 à 20h00, toujours au cinéma Action Christine à Paris, dans le VIe, au 4 rue Christine.
peut on revoir ce film ??
cordialement
Alors là tu me poses une colle, je vais contacter l’équipe. Mais si un membre de la team passe par là, qu’il n’hésite pas à éclairer notre lanterne.
Bonjour !
Je travail actuellement sur la version director’s cut (une version longue avec quelques modifications de montages). Nous espérons la mettre en ligne fin Novembre/Début Décembre !
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A très bientôt !
Amit K. Babooa
je sais que la remise des prix se fait à la defense le 9 novembre mais se que je ne sais pas c’est s’il on etait selectionné ?
merci de me donner des infos.
OYC fait effectivement partie des finalistes et a été invité à la projection / cérémonie à la Défense, mais pour savoir s’ils ont été sélectionnés et quel prix ils ont gagné, il faudra suivre leur actu ! ^^
Le Film est en ligne !
http://portfolio.collectif-oyc.com/creation-46.html
Pour rappel ce court métrage a remporté le prix du meilleur scénario et de la meilleure musique !
A très vite pour de nouvelles aventures !!
Amit (et le Collectif OYC)
Ça fait plaisir !