Si Christophe Marc peut faire preuve de beaucoup d’humour et de modestie dans cette interview, qu’on ne se trompe pas ; il n’en reste pas moins un artiste très prolixe en paroles sombres et musique de qualité. Jamais plaintif, toujours armé de son arc, l’homme perdu dans la ville m’a touchée en plein cœur. Ca balance, un peu beaucoup, et il conclut Here is the city (Chicago) (mon morceau préféré de ce coup de coeur) par un « Nobody cares anyway » dans un silence émotionnel des plus interpellants.
Honnêteté, partage et voyage, c’est ainsi que je décrirais sa musique qui m’était encore inconnue il y a de cela quelques semaines. Aujourd’hui, quand iTunes se met en marche, j’ai beau résister, sa voix parvient toujours à mes oreilles. Voilà, c’est le destin, la fatalité.
Alors bien sûr, l’idée d’interviewer le monsieur ne m’a pas paru incongrue mais fut plutôt suivie d’un of course !, annonciateur d’une rencontre numérique des plus plaisantes, car il a dit oui pour mon plus grand plaisir. Ce qui va suivre est donc ma première interview pour le 17, et quelle interview ! Je me suis régalée à lire ses réponses.

Sans plus attendre, je vous laisse découvrir la personne derrière As a lifetime goes (a retrospective). N’hésitez pas à pénétrer dans son univers, les mp3 glissés ici et là sont là pour ça. Après tout, ce serait bête de garder ma découverte pour moi et de bouder mon plaisir.
Bonjour Christophe Marc et merci beaucoup d’avoir accepté cet interview pour le « 17 rue des arts », un blog avide de découvertes et qui part régulièrement à la rencontre d’artistes profitant du web pour se faire connaître. Pourriez-vous vous vous présenter pour tous les lecteurs qui ne vous connaissent pas encore ?
Difficile exercice que de se présenter soi-même en quelques mots! Pour faire court, je suis un chanteur/musicien parmi des milliers d’autres ! Vu l’aspect peu promotionnel de ma réponse, je vais tenter de me livrer davantage et vous donner des informations un peu plus personnelles: je suis né en France mais mes origines sont à la fois britanniques et nord-africaines (personne n’est parfait!). Je suis issu d’une famille d’artistes (mère comédienne et père musicien) et assez tôt (9-10 ans) je commence à composer mes premières chansons sur une guitare acoustique. Ensuite, comme beaucoup d’autres ados, je fais partie de différents groupes locaux (Nantes, France) comme chanteur-guitariste. Quelques-unes de ces formations connaitront un certain succès d’estime. En parallèle, et tout en poursuivant mes études de littérature, je m’adonne au théatre, et j’ai à mon actif 8 pièces comme comédien. Aujourd’hui, en plus de mon métier officiel (prof), je tente de mener une carrière artistique. Mais ça, vous le savez déjà!
Effectivement ! C’est d’ailleurs en écoutant divers musiques sur le site Jamendo.com que je suis tombé sur « A lifetime goes (a retrospective) » et que j’ai été bluffée (oui bluffée) par ce que j’entendais. Cet album est présenté comme une compilation de tout ce que vous avez pu faire ces cinq dernières années. Une introduction idéale à votre musique ?
Désolé que vous vous sentiez “bluffée”! Je vous jure que j’ai tenté d’être sincère! Plus sérieusement, je suis ravi que mon travail vous plaise. J’en suis même un peu étonné. Certes, je suis assez content du résultat, mais, à mes yeux, les morceaux que j’ai mis en ligne sont à considérer comme étant des démos. Ils ont tous été enregistrés dans mon petit home studio, avec l’aide d’un logiciel gratuit et n’ont même pas fait l’objet d’un mastering. Le résultat semble suffisant pour certains mais je n’en suis personnellement pas totalement satisfait. D’ailleurs, j’attends avec impatience d’avoir les moyens techniques et financiers de proposer à un éventuel auditoire des versions plus proches de celles que j’ai véritablement en tête!
Quant à dire si “As a lifetime goes (a retrospective)” est une introduction idéale à ma musique, étrangement, j’ai envie de dire que non… Pour plusieurs raisons: d’abord parce que je préférerais que chacun de mes albums soit apprécié en tant que tel, en tant qu’entité, comme ayant une identité propre. Ensuite, quitte à ce que l’on découvre mon travail, je conseillerais de le faire dans un ordre chronologique, de manière à mieux capter une évolution, une progression…
Alors, pourquoi une rétrospective, me demanderez-vous?! Je ne sais pas vraiment… Sans doute est-ce pour moi une sorte de bilan, à la fois artistique et personnel. Peut-être est-ce l’occasion de me prouver qu’il existe une certaine constance, une cohérence dans ce que j’ai fait… Peut-être est-ce aussi une façon de m’octroyer la possibilité de passer à autre chose… Je ne sais pas… Vous m’agacez, à la fin! (je plaisante!) En tout cas, cette rétrospective est sincère, personnelle, voire égoiste, bien plus que promotionnelle. Une sorte de rétrospective introspective! Tant mieux si, en plus, elle donne du plaisir à autrui…
En parlant de proposer vos chansons à un auditoire, quel statut vous attribuez-vous en tant qu’artiste à l’époque du web 2.0 et des évolutions numériques ? Pourquoi ce choix d’une musique gratuite, à la disposition de n’importe quel internaute ?
Je n’ai pas d’avis prononcé sur la question. Il est certain que je préférerais qu’un label s’occupe de mon cas mais il n’est pas si simple de trouver un interlocuteur idéal. Plusieurs occasions se sont présentées à moi ces dernières années mais mon caractère d’incorruptible ne semble pas plaire aux maisons de disques déjà très frileuses en ce moment, et beaucoup plus soucieuses de rentabilité que de promotion de nouveaux artistes. Alors, de manière à éviter que mes morceaux restent au fond d’un tiroir, j’utilise Myspace et Jamendo comme moyens de les faire connaitre au public. Il semblerait que je n’ai pas eu tort puisque même s’il ne s’agit pas d’un énorme succès, le simple fait de toucher quelques âmes est déjà une grande satisfaction.
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Christophe Marc – Going Away
Going Away (la première chanson de cette rétrospective) pose les bases d’un album solide mais hétéroclite, un peu comme si vous aimiez toucher à tout et ne pas vous centrer sur un instrument ou un son particulier… Du coup, peut-on y voir une sélection minutieuse afin de créer le mélange des genres ou est-ce vraiment un reflet de votre univers artistique ?
Question intéressante… Je pense justement que c’est ce mélange des genres dont vous parlez qui est le reflet de mon univers artistique. Cela dit, même si cette compilation peut paraitre hétéroclite à première écoute, je la trouve personnellement assez cohérente: les thèmes que j’aborde sont plutôt récurrents (peut-être trop?), les instruments utilisés sont pratiquement toujours les mêmes,… Cependant, j’ai comme ambition d’éviter de faire deux fois le même morceau. C’est peut-être ce qui peut dérouter certaines personnes.
As a lifetime goes porte bien son titre et témoigne du temps qui passe. Traverser les saisons, les heures, une vie qui s’écoule, mais aussi l’envie de se cacher, d’échapper à ça, de s’enfuir, comme peuvent le témoigner Going Away ou Here we are (the seasons). On sent également le thème de l’isolement et du mal de vivre. Je pense à Ordinary Days (All I have in mind) et Here is the city (Chicago) où on retrouve la même phrase « Maybe I should go out ». Personnellement, je vois un peu cette rétrospective comme un voyage psychologique assez sombre. Est-ce que ça vous semble une bonne description de cet album ?
Vous voyez bien que “As a lifetime goes” n’est pas si hétéroclite que ça et qu’il possède une certaine unité ! Manifestement, vous avez travaillé votre dossier. Jusqu’à vous pencher sur mes textes… Félicitations !
En tout cas, vous avez raison. Les thèmes dont vous parlez sont quasi omniprésents dans mon “oeuvre”. Sans entrer dans la psychanalyse, il est vrai que je suis quelqu’un d’assez angoissé (que de confidences!) et comme j’exprime cette angoisse dans ma musique, sans doute pour mieux l’exorciser, le résultat est souvent un peu sombre. Il est rare d’obtenir beaucoup de clarté quand on se regarde l’intérieur !
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Christophe Marc – My Misfit ways
Bien sûr que je me suis penchée sur les textes, que j’ai beaucoup aimé d’ailleurs, en dépit ou grâce à cet aspect sombre. Les paroles, d’ailleurs, sont toutes en anglais, et l’on peut dire la même chose pour vos autres projets. Envisagez-vous d’écrire et produire un album exclusivement en français ?
C’est quelque chose que j’ai déjà fait, et qui n’est pas d’actualité pour l’instant. En plus, je ne me sens pas dans l’obligation de chanter en français. D’abord je ne m’adresse pas particulièrement à un public francophone et puis mes origines et ma formation me permettent de m’exprimer dans une autre langue. De plus, c’est en anglais que je me sens le plus à l’aise pour exprimer mes émotions, et comme je tiens à rester sincère… Celà dit, je ne réponds pas un non définitif à votre question. Let’s wait and see!
J’ai fait écouter cet album à certains proches et au niveau des influences, chacun avait sa petite idée. On m’a donc cité Beck et Bowie pour la musique, Bauer pour la voix… Personnellement, je n’arrive pas vraiment à déterminer une influence particulière. Du coup, j’ai été voir votre page Myspace et et on trouve effectivement Beck dans votre liste d’amis mais aussi Radiohead, Arcade Fire, IAMX et Blonde Redhead. Est-ce que vous auriez envie de citer ces artistes comme des exemples ? En gros, qui a tort et qui a raison ?
Ah, l’éternelle question des influences! Avant tout, je dois vous dire que je ne me sens pas l’âme d’un fan. Ce que j’apprécie chez un artiste, c’est ma propre capacité à être touché par ce qu’il propose. Alors certes je suis extrèmement flatté par les comparaisons que vous utilisez (même si je ne connais pas ce Bauer dont vous parlez) mais depuis que je fais de la musique, j’ai entendu tellement de noms différents que c’est devenu presque amusant: Bowie, The Doors, Ian McCulloch (que j’ai fréquenté lorsque je vivais à Liverpool), Peter Murphy, David Sylvian, Sting, Peter Gabriel, Lou Reed, Bono et j’en passe! Alors, encore une fois c’est très flatteur tant les chanteurs que je viens de citer sont considérés comme appartenant aux plus grands mais avouez que c’en est risible ! Donc, les artistes présents sur mon Myspace sont juste des personnes dont j’apprécie le travail mais en aucun cas des exemples que je voudrais suivre ou plagier. Mes influences musicales sont extrêmement nombreuses et variées et sont loins d’être limitées à une pop-rock anglosaxonne des années 80. Désolé, je ne vais pas pouvoir vous départager! Essayez juste de considérer que j’ai ma propre personnalité musicale et ça ne serait pas si grave…
Absolument, et la réponse ne me dérange pas, tant pis pour mes proches et moi-même ! Plus sérieusement, j’imagine bien que ce genre de questions ne cesse de revenir mais ça vaut toujours la peine d’interroger un artiste sur la question. Le mot « influences » est peut-être un peu fort par contre.
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Christophe Marc – Here is the city (Chicago)
Pour les lecteurs de cet interview, il serait bon de préciser que vous n’officiez pas seulement en solo mais vous faites également partie du duo « Le Galago », avec votre batteur Gregory Pleiber-Lemoigne. Que la musique soit signée Christophe Marc ou le Galago, les critiques insistent sur l’aspect presque hypnotique des mélodies et ne manquent pas d’adjectifs pour exprimer leur profonde admiration. Que ressentez-vous par rapport à ce succès ? Est-ce que ça vous donne envie d’aller beaucoup plus loin, d’atteindre un public plus large ?
Un succès? D’estime, alors !
Je suis bien sûr ravi de toucher certaines personnes par le biais de ma musique, et encore plus touché par le fait qu’elles expriment leur émotion en me complimentant. Etre apprécié pour son travail est la plus belles des récompenses pour un artiste. Pour tout le monde d’ailleurs ! Quant aux personnes que j’aurais réussi à hypnotiser avec Le Galago ou seul, qu’elles se rassurent! Ni Greg ni moi avons l’intention d’abuser d’elles ! Plus sérieusement, les encouragements reçus sont stimulants et donnent envie de poursuivre. Et tant mieux si ça touche un public plus large qu’aujourd’hui. La condition c’est que je reste sincère et honnête dans ce que je fais. Plaire à tout prix ne m’intéresse pas et faire des tubes formatés n’est pas mon objectif. Certains ont ce “talent” et je leur laisse !
Je ne pense pas avoir déjà écouté une chanson de vous ‘live’. Est-ce que vous avez déjà beaucoup tourné (en solo ou en groupe) ? Si oui, qu’est-ce que les concerts vous apportent ?
Quoi? Vous ne m’avez jamais vu “live”? Comment pouvez-vous survivre?! (note : Je ne sais pas comment je peux survivre sans un concert de Christophe Marc ! Un petit concert à Bruxelles serait d’ailleurs très apprécié…)
J’ai en effet un certain nombre de concerts à mon actif, en solo et en groupe, et l’émotion est bien sûr intense, presque palpable. C’est l’aboutissement du travail fourni. La seule possibilité de se confronter directement au public. Un moment extrêmement jouissif pour moi. Partagé j’espère! Un de mes meilleurs souvenirs de scène est avec Le Galago où Greg et moi nous nous sommes surpassés au point d’être nous mêmes comme hypnotisés par ce que nous étions en train de faire!
Cette interview arrive à sa fin. Merci beaucoup de vous être prêté au jeu. Un dernier mot pour nos lecteurs ?
Non, rien de plus. J’ai déjà beaucoup dit! Je ne voudrais pas abuser de leur patience! Juste un énorme merci à vous Déborah pour vous être intéressée à moi. Il est très agréable d’être votre “coup de coeur”! Espérons que cette interview donnera envie à vos lecteurs de prêter une oreille à mes albums.
Merci à vous. Et effectivemment, je conseille vivement aux lecteurs du 17 de se pencher sur votre musique !
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Christophe Marc – Here we are (the seasons)
Ecoutez Christophe Marc sur la toile :




























Hum, je sens que je vais devoir m’intéresser de plus près aux dossiers musiques du 17, on y fait vraiment de chouettes découvertes!
Je ne connaissais pas le monsieur en question, mais tu m’as donné le goût de connaître. Puis ça fait plaisir de retrouver ton dynamisme en entrevue; je ne sais pas, il y a un petit quelque chose qui donne le goût de lire.
Je sens que je vais devoir aller jeter un oeil sur cette musique bientôt… pour le moment, tu m’as rendue curieuse, je dois l’admettre!