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La face cachée et littéraire des webséries – Episode 4 : on joue à faire comme si.

Dans le fond, qu’est ce qui leur plait à tous ces auteurs amateurs, pour qu’ils restent dans le monde des webséries et tentent de créer encore et toujours plus loin ? Pour Kevin, “c’est le fait de pouvoir créer dans tous les sens qui me plaît. Ecriture, montages photos et vidéos, développement de sites, … C’est très varié et très prenant si on veut faire les choses bien.” Ludo salue également “une forme d’expression très complète“, Wolf aime “l’immense liberté qui découle du concept” et “le partage presque en temps réel avec les internautes” alors que pour Gaétan, c’est parce qu’il “permet à des écrivains amateurs de trouver un lectorat qui ne sera pas aussi tendre que la famille ou les amis mais pas aussi dur que les maisons d’éditions. [...] Le fait d’aider de jeunes auteurs en leur donnant son avis est également une source de satisfaction car on se sent utile.” Et quand on demande à la cantonade quel est l’événement qu’ils jugent le plus marquant dans ces derniers années, les auteurs, lecteurs, animateurs du petit univers des webséries citent majoritairement des expériences communes, des projets qui ont été montés à plusieurs et qui ont stimulé la création. La plupart de ces événements et créations communes n’auraient pu voir le jour s’il n’y avait pas eu, au cours de l’histoire des webséries littéraires francophones, la création de chaînes de webséries.

Remontons le temps jusqu’en 2003, date de création du WSN, ou WebSerie Network. A cette époque, le nombre de webséries répertoriées sur l’annuaire de la communauté, laserie.net, était en forte augmentation, le concept ayant séduit de plus en plus d’auteurs amateurs. Le niveau des auteurs était très inégal, et beaucoup de webséries étaient de pâles copies de séries télévisées existantes : les “buffy-like” et “charmed-like” pullulaient, à cette époque. Un groupe d’auteurs, lecteurs et acteurs motivés de la communauté ont alors décidé de créer ensemble un nouveau site web, un nouveau centre de gravité pour la communauté. La mission qu’ils se sont donnés était plutôt simple, et pourtant pas si évident que cela : sélectionner et labelliser des webséries de qualité de manière à faire sortir du lot des quelques 300 webséries des petits bijoux d’écriture et d’inventivité. Chacun pouvait poser sa candidature, les premiers épisodes étaient lus assidument par les membres du WSN qui décidaient s’ils souhaitaient mettre cette oeuvre en avant. Ce concept est aujourd’hui commun dans l’univers des webséries littéraires et même sur le web de manière générale, mais avait un côté innovant à cette époque. Très rapidement, le WSN s’est donné une deuxième mission : apporter au mini portail une composante éditoriale, et promouvoir les webséries qu’ils soutenaient. Des éditos, des critiques constructives sur l’ensemble de l’œuvre ou sur un ou l’autre des épisodes, des opérations promotionnelles sous la forme d’affiches, d’interview de l’auteur ou d’articles… Plus tard, des opérations permettant de dynamiser un peu la communauté réunie autour de leur mini-portail ont été proposés par ces animateurs hyperactifs. Des challenges d’écriture, des échanges de cadeau organisés au moment de Noël entre les auteurs du WSN… Finalement, si cette première “chaîne” était un mélange de vitrine et de mag’ sur les webséries, elle a quand même bien posé les bases de ce que sont aujourd’hui les nouveaux noyaux durs de la communauté.

En 2005, deux nouvelles chaînes sont venues s’insérer dans la communauté alors grandissante : les Werewolf Studios, qui ont aujourd’hui bien grandi et sont toujours en activité, et PancakeTv qui a mis la clé sous la porte après trois années riches en créations de tous genres. La première était à l’époque dédiée à toutes les webséries spin-off, plus spécialement celles dérivées de séries SF ou fantastiques, comme Charmed ou Buffy contre les vampires. Aujourd’hui, les Werewolf Studios se spécialisent dans les webséries des genres SFFF (entendre par là Science-Fiction, Fantastique, Fantasy). PancakeTv, quant à elle, a décidé de jouer à fond le jeu de la chaîne de webséries en récupérant des concepts propres aux chaînes télévisées : une année calquée sur une année scolaire, de septembre à juillet, une liste de webséries phares, des dates et horaires de diffusion soigneusement planifiées, des émissions de type “talk-show” réalisées par l’équipe du site autour de l’univers des ws et des webséries de la chaîne… L’existence de trois chaînes de manière simultanée a émulé l’ensemble des créateurs actifs de la communauté et une concurrence amicale s’est petit à petit mise en place, d’elle même. On jouait de plus en plus à “faire comme si”, comme si on était vraiment à la télé, comme si on avait un planning à tenir, comme si les animateurs vedettes étaient de vraies stars, comme si les webséries étaient ces séries américaines qui prenaient de plus en plus de place sur nos écrans cathodiques. Les trois chaînes ont également créé chacune leur websérie interne, qui conte un quotidien romancé des auteurs et animateurs de la chaîne : on joue à faire comme si jusque dans l’autofiction.

Les animateurs du WSN étaient pour la plupart actifs dans la communauté depuis ses début. En 2006, le piratage du site web et la perte de toutes les données a porté un coup fatal à l’équipe qui s’essoufflait après trois ans d’activité. L’activité éditoriale s’est poursuivie au sein du magazine virtuel “HorSéries”,  qui proposait articles et actualités de l’ensemble de la communauté, mais le rôle de vitrine s’est, lui, interrompu. L’année 2006 a également vu l’apparition d’une petite nouvelle dans le réseau des chaînes de webséries : il s’agit de NeoWS, toujours active aujourd’hui. Son but originel était de donner une chance aux nouveaux auteurs : la chaîne permettait en effet à de jeunes auteurs de proposer leur première websérie et d’être diffusé au sein d’une chaîne. Au bout d’une année, le concept a été révisé et NeoWS est aujourd’hui une chaîne généraliste et n’importe quel auteur peut l’intégrer, pour peu que sa websérie soit sélectionnée.

Souvent, les membres actifs de ces chaînes portent les projets inédits qui rassemblent la communauté, tels que les projets de coécriture L’idée-rêve, Quartiers Libres, ou Les contes de la Pleine lune dont je vous parlais précédemment. Les créations se sont multipliées : le WSN a mis en place sa radio qui rassemblait les musiques utilisées comme génériques des webséries et une émission, “WebserieFiever”. PancakeTv a créé un podcast, a mis en place des screenings pour faire entrer de nouvelles webséries sur la grille, un jeu interactif pour les membres de la communauté, et s’est lancé dans l’auto-édition en portant au format livre deux de ses webséries. Les Werewolf Studios ont également mis en place une radio, une promotion avancée des webséries de leur grille et une vie communautaire interactive au sein de son animation “WS-Community”. NeoWS n’est pas en reste, puisqu’au cours de ces 4 années d’activité elle a mis en place, la traditionnelle grille de diffusion, des émissions, articles, éditos, et websérie mettant en scène ses auteurs. En lpus de cela, elle a mis en place un site web communautaire à l’image d’un facebook de la communauté websérie : NeoBook est, depuis quelques mois, l’un des centres hyperactifs de la communauté.

Il y a un peu moins d’un an, deux nouvelles chaînes ont vu le jour : Sweep Quirks qui orientait son activité autour de challenges d’écriture et Toboggan, qui permettait à différentes formes de webséries (audio, vidéo, dessinée) d’avoir leur place. Ces deux chaînes sont aujourd’hui inactives et une reprise d’activité est, à l’heure qu’il est, incertaine.
Deux chaînes sont aujourd’hui toujours actives (et bien actives !) au sein des webséries littéraires : NeoWS et les Werewolf Studios.

En quelques années, les chaînes de webséries sont devenues incontournables dans le paysage de la communauté websérie littéraire francophone. Elles ont contribué à façonner ce petit univers et sont aujourd’hui de véritables noyaux durs autour desquels gravitent la plupart des acteurs, auteurs et lecteurs actifs.

Et pourtant. Et pourtant, des indépendants, il y en a. Des auteurs qui écrivent leur websérie dans leur coin il y en a, et pas qu’un seul. S’il est plus difficile aujourd’hui de se faire remarquer lorsqu’on n’est affilié à aucune chaîne, des plateformes généralistes ont, depuis le début, permis aux auteurs et lecteurs de se retrouver et de parler de leurs œuvres. L’essence même des webséries, c’est ce que vous découvrirez dans la dernière chronique de cette saga en (web)série.

Retrouvez les épisodes précédents de cette chronique en (web)série :
- ep1 : concept et origine
- ep2 : la création sans limites
- ep3 : à plusieurs c’est mieux

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