Le chroniqueur invité du jour est Pierre, et il souhaite nous parler d’une artiste discrète.
Il y a dans le métro parisien une petite souris. Elle fouine, inoffensive, avec son petit museau, un appareil photo. Elle agit sous le nom de Marie Dinkle. On la connaît parce qu’elle est sur le net : son blog, l’Inconnu du métro, qui a pas mal fait jaser sur la Toile, a suscité un enthousiasme général. Marie passe une partie de son temps à prendre en photo des inconnus qu’elle rencontre dans les transports parisiens et s’immisce très discrètement (presque pudiquement) dans leur vie. Ses billets réguliers se présentent toujours sous la forme d’une photo accompagnée d’un court texte. Recette très simple et sans paillettes, qui fait son effet.
La première visite du blog ne m’avait pourtant pas emballé. Un paragraphe sur un inconnu du métro, ça ne m’intéressait pas plus que ça. Pour tout dire, les textes me paraissaient plats, les photos banales. C’est en récidivant que mon regard sur le blog de Marie a changé. Il ne faut pas se limiter à la lecture d’une, de deux, voire trois descriptions de passagers. La recette, c’est de faire preuve de boulimie et de s’en avaler pas mal d’un coup. Alors le charme opère : on se retrouve complètement projeté dans l’aventure un peu barge de Marie. Défilent sous nos yeux portraits et vies légèrement dévoilés. Des êtres qui auraient pu rester des inconnus et qui, par son entremise, deviennent des créatures palpables, pensives, songeuses, acceptant de se prêter à ce jeu saugrenu.
Comme par magie, on se met à faire un bout de trajet avec eux. On s’en ferait presque des amis.
Que dire des textes ? Ceux-ci n’ont rien de pompeux. J’irai même jusqu’à dire : ils n’ont presque aucun style. Ils déroulent dans la plus grande simplicité les pensées maladroites (ou enfantines) d’une voyageuse curieuse. Marie s’interroge tout fraîchement sur les personnes avec qui elle se retrouve nez-à-nez, sans chercher à brosser un portrait exhaustif. Ce qui confère à cette sérigraphie une authenticité incontestable.
Si les portraits des hommes et des femmes qui défilent nous touchent, on en vient aussi à s’interroger sur cette mystérieuse Marie Dinkle. On l’imagine sensible : aux refus qu’elle peut essuyer, aux visages des gens, à leurs biographies. Timide : à chaque demande, on sent que ça lui coûte, qu’il faut aussi surmonter un petit blocage, c’est jamais donné. Audacieuse : vous en connaissez beaucoup des gens qui iraient taper l’incrust’ avec le Parisien-du-métro, renfermé, peureux, stressé ? Et, enfin, légèrement folle : faire le pari fou d’intéresser les gens avec des esquisses d’inconnus, et le remporter.
Finalement, ce blog n’est pas tant une expérience esthétique qu’une invitation au voyage, au bas de chez soi. Soyons fous : une incitation forte à regarder ce qui se trouve autour de nous dans les transports, et à arrêter de se regarder en chien de faïence avec son voisin – je suis pourtant le premier à le faire.
En refermant le blog, comme un livre, on n’a qu’une seule envie. Que le hasard nous conduise à tomber sur elle un beau matin, et de se laisser (sur)prendre en photo. Me concernant c’est pour l’instant râpé, ne prenant que le tram, ou le Vélib. Une autre idée de blog, tiens !
Retrouvez Marie Dinkle sur son site ou dans un reportage vidéo réalisé par France 2.
L’auteur de la chronique : Pierre.
Actuellement webmaster, ce jeune homme de 23 ans n’est pourtant pas informaticien de formation. Son passé de littéraire n’a pas restreint ses intérêts artistiques, et c’est aussi bien la musique et le cinéma que la littérature qui attirent son attention sur le web ou ailleurs. Pierre butine ça et là, sans vouer de passion particulière à une discipline quelconque, et son attention est parfois attirée par des artistes atypiques comme aujourd’hui Marie Dinkle.

























C’est fou les gens qui se livrent à une personne sans problème.
Ce site est un peu dans le même genre mais en plus court :http://www.secretmessageservice.com/
Oui, c’est fort, hein ? J’avoue que moi même je ne sais pas quelle serait ma réaction si je me retrouvais nez à nez avec Marie Dinkle !